Un critique polonais, Dariusz Trześniowski constate que l’auteur a doté son héroïne de traits propres à un être fatal : [Elle est] montrée (de même que la Salomé de Kasprowicz) comme un idéal de beauté de l’Art nouveau, c’est « une femme envoûtée par Éros », une femme qui a un tempérament violent, aux désirs inassouvis, cherchant une satisfaction androgyne. Les Fleurs du Mal, XXIX, BAUDELAIRE
- Une citation de Monique Moreau. OpenEdition member – Published with Lodel – Administration only, You will be redirected to OpenEdition Search, polonais ont rapidement connu l’influence de plusieurs, s’agit du type le plus controversable mais aussi du plus fascinant. Ces monstres mythiques, fabuleux aux torses de femme, aux cheveux roux, aux griffes acérées et au regard séduisant sont présentés dans l’œuvre de Malczewski, dans des contextes divers. La poésie perce ainsi les apparences afin de démystifier le monde et d'en décrypter le fonctionnement. Volume flou d'une tendance bohème, tombé asymétrique d'un esprit couture ou ligne structurée d'un style business, les vêtements pour femme créent la personnalité tout en racontant une histoire. D’après nous, deux facteurs capitaux déterminent les différents types de représentations des femmes fatales dans la littérature et dans l’art. 35 Rabska Z., « Salome. Dans l’article déjà cité, Tetmajer compare également deux images de femme, celle de Podkowiński et celle de Michel-Ange : Il y a le chef-d’œuvre Léda et le Cygne de Michel-Ange. Nous relevons les métaphores florales et animales liées à l’image féminine notamment dans le roman de Wacław Berent Le Blé d’hiver58, mais les descriptions les plus saisissantes abondent dans les poèmes de Tetmajer, d’Ostrowska, de Zawistowska ou de Jerzy Żuławski. Dans un dernier temps, je m’intéresse à des types de femmes plus rares dans l’art et dans la littérature de la Jeune Pologne. Séquence 2 : La Femme à travers les âges poétiques : image unique ? parvient t-il a evincer la femme du poème pour travailler sur le laid et le sublimerpar le pouvoir de la poésie? 27 Przybyszewski St., Na drogach duszy (Sur les chemins de l’âme), éd. Le deuxième touche au style de l’époque (à la fin du XIXe siècle, il s’agit surtout de l’Art nouveau) et à l’iconographie qui se manifeste par les thèmes et les motifs les plus courants. Les femmes décrites par le poète se trouvent dans des situations clairement sensuelles. Ces attributs renvoient le spectateur aux images allégoriques typiques du XVIIe et XVIIIe siècles, réunies et publiées par Cesare Ripa dans sa célèbre Iconologie en 15937. Tu peux te demander quelle vision de la femme transparaît dans ce poème. Elle pourrait illustrer ce monologue de Salomé, déclamé devant la tête coupée d’Iokanaan (saint Jean-Baptiste), apportée par les soldats sur un bouclier d’argent : Ah ! Cette idée est parfaitement rendue par Victor Hugo dans un de ses romans les plus célèbres : Vous regardez une étoile pour deux motifs, parce qu’elle est lumineuse et parce qu’elle est impénétrable. C’est surtout Salomé qui est présente chez Jan Kasprowicz, un des plus grands poètes de la Jeune Pologne. Poezje. Choix de poésie), PIW, Varsovie, 1982, p. 84. L’image de la femme, après avoir changé plusieurs fois au cours du XIXe siècle, est devenue, au seuil de la modernité ambivalente, mystérieuse et fatale – aussi bien pour les artistes et les écrivains de l’Europe de l’ouest que pour ceux de Pologne. Rappelons un de ses rêves maladifs, dans lequel apparaît une femme-fleur odieuse, un être sinistre et fatal qui sait détruire chaque homme. 14La Folie a été décrite dans un drame de Jan August Kisielewski12 et dans quelques poèmes parmi lesquels nous citerons ceux de Zofia Gordziałkowska et de Maria Komornicka13. Anthologie sur la femme. I., p. 182. Le pastel Wiosna (Le printemps, vers 1900) présente l’image d’une jeune fille nue au torse d’albâtre. B- La poésie … Il s’agit notamment de quelques poèmes érotiques (avec par exemple les titres : « Moi, quand j’approche ma bouche de ta bouche... » ; « J’aime, quand une femme... »20) et d’ekphraseis décrivant des peintures et des statuaires de femmes, comme Léda et le Cygne21 (le tableau de Michel-Ange), et Danaé22 (la peinture de Titien). Miron nous entraîne dans les méandres d’une société québécoise en souffrance et met des mots sur le malaise poético-linguistique d’un peuple entier. Et quelques pages plus loin, l’acte nécrophile est accompli : Ah ! Instytut Wydawniczy, Biblioteka Polska, Varsovie, 1924, p. 87 ; « Lubię, kiedy kobieta... » (J’aime, quand une femme...), in : Ibid., p. 203. Un fléchissement de la tête de la femme et de son corps, un mouvement de ses mains – tout cela exprime le désir d’éveiller une admiration.54. Le poème Ma Bohème écrit en 1870 fait partie d'un recueil intitulé Poésies, les premières fugues du jeune Rimbaud y sont évoquées. Par poésie expérimentale on entend différents mouvements tels que ceux de la poésie concrète, visuelle et sonore. 40Parmi les images fantastiques qui relient une silhouette féminine au monde animal, nous remarquons encore celles qui figurent sur les toiles d’Edward Okuń. cit. Il y avait une âcre saveur sur tes lèvres. Anthologie Poétique sur le Corps De La Femme. Księgarnia J. Czerneckiego, Varsovie, 1912. 53 Gutowski W., op. Même en faisant abstraction de cette faute historique, un Louis xiv ou un Louis xv n’est pour la poétesse qu’un amant qui prend une leçon d’amour chez sa favorite. ... » (1919)45, considéré comme une des dernières mais aussi une des plus belles œuvres lyriques de la Jeune Pologne, qui fait le portrait d’une femme définitivement éloignée de toutes les images de femmes fatales. 12La femme fatale de l’époque est toujours entourée d’une énigme, de secrets, de l’intimité de sa vie privée. but nous analyserons les trois types de femmes fatales distingués ci-dessus, tout en nous appuyant sur quelques exemples essentiels. Il semble que, parmi ces trois manifestations artistiques, le type de la femme-hybride, représenté dans des œuvres d’artistes bien connus à l’époque, soit le plus riche et le plus intéressant. Pourtant, elles étaient loin d’être les seules à figurer des personnages hétérogènes dans la prose et dans la poésie de la Jeune Pologne. 55 Ovide, Przemiany (Les Métamorphoses), traduction de Kiciński B., sous la direction de Krókowski J., éd. Ses relations intimes avec les femmes se terminaient très mal pour elles. Mais la peinture de Lovis Corinth (1900) n’en est pas exempte non plus. 37-41. 13Il est indispensable d’évoquer ici un autre tableau, connu de tous les Polonais, qui est devenu un vrai symbole de la fatalité et de l’érotisme de l’époque. I., éd. Décrivant les formes zoomorphes – les femmes-félins – dans la culture moderne, Alain François cite aussi plusieurs œuvres littéraires et picturales du XIXe siècle, dans lesquelles il trouve des images particulièrement intéressantes de femmes. 14 Gordziałkowska Z., Szał. Elle reste également une création artistique appréciée simplement pour sa beauté. Elles appartiennent à un genre spécifique de « Fleurs du Mal » et de « Bestiaire d’Amour »53, mais correspondent bien aux nombreuses manifestations de la fin de siècle en Europe. Parmi les idées récurrentes, la nature de la féminité était l’une des plus intrigantes, excitant partout la curiosité. Revue polyphonique de littérature, culture et histoire slaves. La Bible ne donne pas de détails en ce qui concerne Salomé, la fille d’Hérodiade – son prénom n’est d’ailleurs pas présent dans les textes bibliques. Les poésies), éd. Salomé devient dans la littérature polonaise la femme la plus sensuelle et la plus dangereuse, un vrai démon détruisant les hommes qui s’approchent d’elle. Universitas, Cracovie, 1994, pp. La poésie concrète apparaît au début des années 1950 dans les pays germanophones et une vingtaine de pays du monde comme, entre autres, au Brésil, aux États-Unis, en Italie, en … 42 Daniłowski G., Maria Magdalena (Marie Madeleine), éd. 4 Gutowski W., Nagie dusze i maski. L’artiste a peint une femme calme mais consciente de sa valeur et de sa sensualité. 7Comme deuxième type de femmes fatales nous proposerons ensuite de distinguer un ensemble de figures bibliques. Elle est d’ailleurs mentionnée comme l’héroïne d’un sonnet de Kazimiera Zawistowska intitulé « Hérodiade ». / Le murmure des fleurs pâles ne t’émouvra-t-il pas dans ces nuits étouffantes ? Ce paradoxe est remarquable dans ses deux autres dénominations : le modernisme et le néo-romantisme, qui indiquent que la Jeune Pologne est perçue comme une époque complexe. Ossolineum, Wrocław, 1997, pp. 32 L’histoire de Judith : Ancien Testament, Livre de Judith. Parmi les exemples notables, nous aimerions citer ceux qui proviennent du cycle poétique « Dusze » (Les Âmes) de Zawistowska, une des poétesses polonaises qui figuraient l’amour, les émotions et la fatalité dans une perspective féminine. Księgarnia H. Altenberga, Lviv, 1905. Premièrement, il faut constater une ressemblance frappante dans les motifs iconographiques des œuvres artistiques et littéraires de l’époque. Poème socio-religieux), éd. Księgarnia H. Altenberga, Lviv, 1903, p. 52. Ainsi, nous vous proposons de vous faire découvrir une anthologie dont le thème est Femmes en Poésie. Séance 8 Synthèse A sur la poésie lyrique Evaluation sur les notions de versification Analyse de Barbara, de Prévert. Pour les cent bibliophiles, Paris, 1903, pp. Toutes ces grandes maîtresses du passé, elles aussi, représentaient un type de femme fatale. La Poésie n’était au premier âge qu’une Théologie allégorique, pour faire entrer au cerveau des hommes grossiers par fables plaisantes et colorées les secrets qu’ils…. D’un autre côté, à cette époque, des représentants de la jeune génération proposent d’oublier le passé, de vivre dans le présent et d’ouvrir la Pologne à l’Europe de l’ouest, aux nouvelles tendances littéraires et artistiques. 2-2 Une image immortalisée par la poésie : - harmonie qui se dégage de cette évocation de la femme grâce au rythme donné par la polysyndète de la conjonction « et », par la répétition ou la reprise de termes ou expressions, par la répétition des mêmes sonorités à l’intérieur du vers et à la rime (« souvent » / … Poésie expérimentale. C’est peut-être la raison pour laquelle Klimt a proposé deux titres pour son tableau de 1909 : Judith et... Salomé. Femme en or Jamais qu'on implore Femme brave De mon profond village Femme cadre Femme de ménage. On dit que l’amour a une âcre saveur... Mais, qu’importe ? 26-27. Son corps idéal exprime toute sa sensualité : ses cheveux longs et roux, son cou élancé, ses mains délicates, ses yeux grands et mi-clos et enfin ses lèvres épaisses. Komornicka retranscrit l’atmosphère pesante de l’amour érotique, qui concentre les corps, le sens du toucher, les caresses et la douleur. 1 Praz M., Zmysły, śmierć i diabeł w literaturze romantycznej (La chair, la mort et le diable dans la littérature du XIXe siècle), traduction de Krzysztof Żaboklicki, PIW, Varsovie, 1974, p. 167. Poème dramatique en trois actes), éd. 19Pareillement, Danaé représente uniquement la sensualité bien connue des femmes de la fin de siècle. Parmi les phrases le décrivant, citons : « Il court... à la crinière flottante – le feu s’exhale de ses naseaux / Les yeux affolés, injectés de sang, flambent. 39Ces images ne sont pas vraiment éloignées de celles des personnages fantastiques que nous retrouvons aussi bien dans la poésie que dans la peinture de la Jeune Pologne. J’ai essayé avec « la femme dans la poésie de Baudelaire » ; il n’y avait ien, absolument ien. 21-26 (I, 455-576). Cependant, dans les deux cas, on a perdu la vie.46. URL : http://culturevisuelle.org/detresse/archives/20 (document consulté le 27 décembre 2012). Sous cette profusion d’expressions banales, de formes sans grande originalité, de descriptions prosaïques, nous devinons sous quels traits Salomé – femme fatale et décadente – était identifiée à l’époque. Ossolineum, Wrocław, 1974. cit., chapitre : « Kwiaty zła i miłosne bestiarium » (Les Fleurs du mal et le bestiaire d’amour), pp. Se rompe y se sumerge su volumen de besos combatido en la puerta del viento del verano. 34 Huysmans J.-K., À rebours, éd. En conséquence, l’image de la femme moderne a pu devenir parfois égale à l’image de la femme fatale. Ces écrivains dénoncent le colonialisme et revendiquent la cultur… 9La femme fatale « à la polonaise » est en même temps admirée et méprisée. je la baiserai maintenant...36. Sa représentation subit des transformations multiples dans l’art polonais du XIXesiècle : depuis les portraits romantiques, en passant par les représentations réalistes, la grande peinture académique et les compositions plus intimes (et beaucoup plus douces), appelées peinture de salon5, jusqu’aux images expressionnistes de Stanisław Ignacy Witkiewicz dans les années 19206. Þ jouer avec le langage. Le peintre a créé beaucoup de figures semblables mais nous trouvons aussi chez lui des images qui cachent, sous leur sensualité, un mystère, une sorte de fatalité. 663-664. La poésie dévoile la vision de l'âme et la photographie l'âme de la vision. Privé de sa muse, Baudelaire trouve donc une nouvelle source d’inspiration en s’adressant à la Beauté. 25Judith est une autre héroïne de l’Ancien Testament qui a fait fureur à la Belle Époque.32 La jolie veuve qui a sauvé sa ville, Béthulie, assiégée par l’armée de Nabuchodonosor roi d’Assyrie, était sujette à discussion, souvent comparée à un personnage du Nouveau Testament – Salomé.33 À la fin du XIXe siècle, les portraits des deux femmes étaient présentés de manière similaire. Dans la plupart des cas, nous observons une jeune et belle femme qui tient à la main un attribut caractéristique : une tête masculine coupée. C’est quelqu’un qui ne suit que son penchant pour le pouvoir et le Mal. La Poésie n’était au premier âge qu’une Théologie allégorique, pour faire entrer au cerveau des hommes grossiers par fables plaisantes et colorées les secrets qu’ils ne pouvaient comprendre.Ronsard (1524-1585), Abrégé de l’art poétique français
L’amour est un sentiment fatal et ambivalent pour elle : la douceur du bonheur et le goût amer du poison.18. Gebethner i Wolff, Varsovie, 1913, pp. cit., vol. 6Tout d’abord, nous présenterons les figures de femmes fatales contemporaines, c’est-à-dire des figures appartenant entièrement à la réalité de l’époque de la Jeune Pologne. ➢ L’œuvre : Les Fleurs du mal, 1857…. Le poème de Wacław Wolski, placé dans le contexte de la peinture de Rops et du livre de Jules Barbey d’Aurevilly Les Diaboliques, a été decrit par Maria Podraza-Kwiatkowska dans le livre Symbolizm i symbolika w poezji Młodej Polski (Le Symbolisme et la Symbolique dans la poésie de la Jeune Pologne), éd. 23Notre deuxième type de femmes fatales regroupe des personnages bibliques, nombreux dans la littérature et l’art, en Pologne comme dans le reste de l’Europe. Viento que la derriba en ola sin espuma y sustancia sin peso, y fuegos inclinados. C’est là que nous rencontrons une maîtresse-fleur59, une femme-lionne60, une femme-cygne61, une femme-sphinge62, une fille-Chimère63 ou une naïade-pieuvre attendant son rêve – le petit bateau qui n’arrive pas : « Et j’attends des siècles infinis / Ton passage solitaire et lointain / Étendue sur un cercle d’immensité / Avec le désir des mains dans l’attente »64. 44 Ostrowska Br., Eloe i Magdalena (Eloé et Madeleine), in : Aniołom dźwięku (Aux Anges du son), éd. En tant que grande admiratrice d’art, elle a composé, à la fin de l’époque, un petit poème ekphrastique d’après une œuvre de Moreau (L’Apparition, 1876). Eh bien ! 24 Sur les femmes dans la vie de Stanisław Przybyszewski : Kolińska K., Stachu, jego kobiety i jego dzieci (Stachu, ses femmes et ses enfants), éd. Mais elle se transforme aussi en femme fatale qui mène le poète au spleen . Książka, Cracovie, 1904 ; Uczta Herodiady. 41 Zawistowska K., « Herodiada »(Hérodiade), in : Poezje (Poésies), éd. Contrairement aux textes des Évangiles, elle est représentée comme une personne entièrement consciente de tout ce qu’elle veut. Elle doit être souple et hautaine, comme le chat, sensuelle évidement, et pouvoir blesser, soit moralement, soit physiquement. Son aspect physique est conforme au canon de la femme que nous retrouvons dans l’Art nouveau : son visage est très clair, elle a les cheveux roux (et même : « cuivrés ») et les yeux brillants. Justyna Bajda, “L’image de la femme fatale dans la poésie et la peinture de la Jeune Pologne en regard des créations artistiques européennes”, Slavica bruxellensia [Online], 9 | 2013, Online since 15 April 2013, connection on 10 February 2021. 88-103. - Poète guide (Ronsard : carpe diem)
(...) Pour cet artiste, l’amour est (...) l’intuition d’un gouffre de l’âme dans lequel la vie des milliers de générations se verse, des milliers de siècles de leurs supplices et de leurs tortures, leur folie reproductrice et le désir d’être.27. 58 Berent W., Ozimina (Le Blé d’hiver), éd. Mais il faut admettre que le portrait de la femme fatale de la fin du XIXe siècle n’aurait été complet sans certains poèmes de Tetmajer, cités jusqu’aujourd’hui dans chaque anthologie de poésie de la Jeune Pologne. C’est l’incarnation de la Grande Vérole : Sur le sol quelque chose remua qui devint une femme très pâle, nue, les jambes moulées dans des bas de soie verts.Il la contempla curieusement ; semblables à des crins crespelés par des fers trop chauds, ses cheveux frisaient, en se cassant du bout ; des urnes de Népenthès pendaient à ses oreilles ; des tons de veau cuit brillaient dans ses narines entr’ouvertes.