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« Je suis d’la mauvaise herbe, braves gens, braves gens, Je pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés», chantait Georges Brassens… Du 20 au 30 mars se tient la 10ième semaine pour les alternatives aux pesticides. Alors parlons de pesticides. Avez-vous essayé de prononcer ce mot devant des professionnels de l’agriculture ou de la chimie ? C’est « poil à gratter » ! On vous propose vite d’employer un autre terme… celui de « produit phytosanitaire » ! C’est une convention orale : le pesticide est devenu phytosanitaire. Retournement total d’image : en effet, pesticide désigne la mort et la peste alors que phytosanitaire suggère les plantes et la santé. Est-ce du « greenwashing » ? Une appellation mensongère anti alarmiste ? Je vous propose quelques clefs de compréhension en convenant tout de même d’appeler un chat « un chat » et d’appeler donc les pesticides par leurs noms, même si cela peut déplaire ici ou là !

 

Historiquement, les pesticides sont des armes de guerre, dans le sens où ils ont été commandés pour faire la guerre (« agent orange » pendant la guerre du Vietnam) ou employés à la fin de guerre quand il restait du stock (DDT commercialisé en 43 et interdit en 70). Leur pouvoir est souvent redoutable au point d’être frappés d’une interdiction (atrazine). Les pesticides les plus utilisés (en termes de quantité) sont les désherbants. La molécule active la plus vendue comme désherbant et la plus utilisée dans le monde est le glyphosate, habituellement appelé Round’Up, de la marque Monsanto. Il y a peu de temps, j’ai vu des cantonniers municipaux pulvériser ce produit, très consciencieusement, sans masque, sous le vent. Je me suis arrêté et leur ai dit qu’ils devaient impérativement mettre un masque et des vêtements jetables. Ils ne semblaient pas informés ! Pour la plupart, ces produits sont des neurotoxiques puissants. Leur utilisation sans protection est réellement dangereuse.

 

Le marché du pesticide se porte bien en France car, selon les valeurs 2009, (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pesticide), il représente des valeurs supérieures, très précisément, de 63% à celles de l’Allemagne, de 298 % à celles de l’Espagne et de 434 % à celles de la Pologne. Autrement dit, quand vous mangez un légume non bio français, vous avez une « grande de chance » d’y trouver 3 fois plus de pesticide que le même produit en Espagne. Les mêmes pourcentages sont observés dans le jardinage familial européen. L’indice de traitement (fréquence et quantité) est de 36,5 pour la pomme de table, 16,7 pour la pomme de terre, et 12,5 pour la vigne. La France est le quatrième consommateur mondial, derrière les Etats Unis, le Japon et le Brésil. Du Grenelle, il résulte l’obligation de diminuer de diviser par 2 les quantités de pesticides déversées sur les produits alimentaires d’ici 2025.

 

Enfin, il nous faut évoquer le problème de la résistance aux pesticides des graines dites « OGM ». En rendant insensibles les plants aux pesticides, grâce à des manipulations génétiques, on permet les traitements contre les maladies et plantes indésirables. Mais en traitant, on charge les cultures et les nappes phréatiques en molécules très fortement polluantes.

 

Quelques questionnements pour terminer : S’il est légitime de lutter contre le mildiou ou le phylloxera, par exemple, est-il raisonnable de vouloir tuer la moindre « mauvaise herbe » qui oserait s’installer « en dehors des clous », dans nos jardins ou dans l’espace public ? Qu’est-ce qu’une mauvaise herbe ? La protection de la biodiversité, n’est-ce pas aussi la protection des « mauvaises herbes » ? Brassens terminait sa chanson par le refrain suivant : Et je m'demande Pourquoi, Bon Dieu, Ça vous dérange Que j'vive un peu...

 


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