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Il est des mots de la langue française devenus tabous. Densité : voilà bien un mot qui fait désormais tellement peur que nous les professionnels n’osons plus le prononcer devant des élus au risque de voir l’assemblée grimacer et s’aigrir.
Certains trouvent des subterfuges et emploient d’autres termes : ils remplacent par exemple densité urbaine par intensité, modifient la règle de calcul pour y ajouter tel ou tel espace vert à proximité, comparent – chiffres à l’appui – avec la Courneuve ou les Blancs Monts, toutes choses encore plus effrayantes !
Alors parlons de densité.
Le texte qui me parait le plus pertinent pour lever ce tabou est d’Eric CHARMES, chercheur en urbanisme, enseignant à l’Institut Français d’Urbanisme, directeur de laboratoire à l’Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat. (« Villes rêvées, Villes Durables » Gallimard, « La Ville Emiettée », PUF, et « Villes à Vivre », Odile Jacob).
« Une chose est certaine, la perception de la densité a peu à voir avec les mesures quantitatives. Il faut notamment distinguer la densité choisie et la densité subie. Les grands ensembles sont rejetés parce qu’ils sont largement imposés à des populations qui ne désirent pas y vivre. C’est une différence essentielle avec l’habitat individuel. Cette observation vaut également pour la densité humaine. Ainsi, la concentration humaine dans les transports en commun est mal vécue car elle est imposée. La même concentration humaine dans un stade ou dans une salle de concert est, à l’inverse, bien vécue car la foule y est porteuse d’émotions. » (Eric CHARMES, « Densités, formes urbaines et Villes durables » In « Villes à Vivres » Odile Jacob 2011)
On le voit : il est question de densité acceptée et de densité imposée. Qu’un seul voisin de palier ou de lotissement vous pourrisse la vie avec sa chaine hifi ou sa tondeuse et ce sera l’enfer d’une situation subie. Si vous vivez votre environnement avec bonheur, si vos voisins vous donnent envie de les inviter ou de leur rendre service, alors votre cadre de vie devient paradisiaque.
Mais… on est tous le voisin de quelqu’un … vous voyez ce que je veux dire ?
Dernier point : je rentre d’une réunion de PLU. Des maires plaidaient encore et toujours pour la possibilité de bâtir sur de grandes parcelles dans des extensions villageoises, c’est-à-dire des terres agricoles. En même temps ils se plaignaient que les commerçants du village fermaient les uns après les autres. Cherchez l’erreur : est-il possible de maintenir des commerçants dans un centre de bourg qui a perdu toute sa consistance ?


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